Hier Mélody est morte

Publié le 10 Décembre 2016

Vous ne verrez pas de photo d'elle car je ne pense pas que quelqu'un en ait jamais pris. Moi, je ne l'ai jamais vue, ou si peu ... 

C'était une chatte tigrée, ordinaire, comme il y en a des milliers. Comme trop de ses congénères, elle était à la rue. Pour éviter qu'elle ne donne naissance à d'autres petites misères, notre association avait été sollicitée pour la faire stériliser et identifier. 

Elle vivait à Sermaise, en Essonne, aux abords d'un bois. C'est Yvette, protectrice active dans ce secteur qui l'avait capturée et conduite à la clinique vétérinaire de Saint-Arnoult en Yvelines qui s'occupait de "nos" chats de cette partie de l'Essonne. 

Melody avait été opérée et tatouée au mois de novembre 2003. Vanina et Nelson, ses compagnons d'infortune l'ont été quelques jours plus tard. Après une courte période de convalescence, ils étaient retournés sur le territoire où nous les avions "cueillis". Faut-il le préciser ? Ces trois chats n'étaient pas sociables mais "sauvages", notre objet n'a jamais été de remettre à la rue des chats adoptables, même si cela nous pose bien des problèmes en raison du manque de familles d'accueil et surtout d'adoptants. 

Pendant les 13 ans qui ont suivi, Mélody n'a pas eu, pour moi,  d'autre réalité qu'une carte de tatouage dans un classeur, agrafée à l'Attestation signée par la personne qui avait fait appel à nous. Cette attestation stipule que cette chatte est sans maître connu et qu'elle pourra retourner sur le territoire qu'elle connaît. 

Des maisons et un secteur boisé où les chats "sauvages" trouvent refuge. C'est là que la vie de Mélody s'est déroulée.

Des maisons et un secteur boisé où les chats "sauvages" trouvent refuge. C'est là que la vie de Mélody s'est déroulée.

Jeudi 8 décembre, vers 18 heures, j'ai reçu un appel de la clinique vétérinaire de Sermaise. Notre chatte Mélody venait d'être apportée par les dames qui la nourrissaient depuis de longues années dans les bois derrière leurs maisons. 

Si, pour la première fois, elles avaient pu mettre la main sur elle, c'est qu'elle était dans un état désespéré, en sévère hypothermie. Ces dames au grand coeur voyaient que leur protégée souffrait et auraient voulu mettre fin à cette souffrance. C'est le vétérinaire qui leur a appris que cette chatte était identifiée. Elle avait donc un propriétaire : notre association. 

En quelques minutes j'ai du décider du sort de Mélody. Le praticien laissait peu d'espoir de la tirer d'affaire. Pour en savoir plus, il aurait fallu effectuer des examens, des tests coûteux en plus de la prise en charge et des soins d'urgence. 

Nous n'avons jamais condamné un chat à mort pour des raisons financières. Les tarifs très amicaux que nous consent la Clinique de Morsang-sur-Orge, depuis plus de vingt ans, nous ont toujours permis de faire tout ce qu'il était possible de tenter pour soigner nos protégés. Et puis... il faut bien le dire, je n'ai une totale confiance qu'en ces vétérinaires dont la compétence n'est plus à prouver. 

Puisque nous étions les propriétaires de Melody, je devais faire un choix. J'ai demandé à ce que la malade soit mise sur un matelas chauffant, sous perfusion, sachant que je viendrais la chercher dès le lendemain matin pour la transférer vers "notre" clinique que j'ai prévenue de son arrivée. 

Toute la soirée j'ai pensé à elle, cette petite chatte inconnue. Non, je n'aurais pas pu aller dormir en me reprochant de ne pas lui avoir donné la moindre chance et je me suis persuadée d'avoir fait le bon choix. 

Vendredi matin, la jeune infirmière a déposé la malade et son cathéter dans la cage de transport que j'avais apportée. Son état ne s'était pas amélioré. Je n'ai fait que l'apercevoir et j'ai parcouru les 30 kilomètres qui séparent les deux cliniques aussi vite que possible.

Quelques miaulements rauques se sont échappés de la cage et plus rien. Etait-elle encore en vie ? Oui, elle l'était. Dès son arrivée, Mélody a été prise en charge. 

En début d'après-midi j'ai reçu la mauvaise nouvelle. En dépit de la lampe et du matelas chauffant, sa température ne remontait pas. Ses poumons, et probablement ses reins, lâchaient. Elle souffrait, Il n'y avait pas d'autre chose à faire que de l'endormir pour toujours. 

 

Voilà toute l'histoire, Mélody aura vécu quelque quatorze ans sans connaître la douceur d'une caresse, le vrai confort d'une maison. Personne n'a pu voir si ses dents la faisaient souffrir, si des puces, des vers ou la gale d'oreilles la tourmentaient. Elle a vécu en "chat libre" que certains ignorants pensent être la vie rêvée pour un chat ! 

Au moins, elle aura été aimée et pleurée par les dames qui lui ont fourni un abri précaire et nourrie du mieux qu'elles pouvaient. Je les en remercie sincèrement. . 

 

Il reste sur place une autre chatte dont le signalement ne correspond pas à Vanina. Cette pauvre bête maintenant esseulée cherche en vain la compagnie de Mélody. Que sont devenus Vanina et Nelson ? Nous ne le saurons probablement jamais. 

Rédigé par Monique

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Joel 10/12/2016 21:04

Ces quelques lignes résument la vie de cette petite "Mélody personne", petit animal vivant en marge de nos occupations ordinaires, faisant tout pour rester discrète. Une petite misère de plus, comme tant d'autres...

Jean-Marc 10/12/2016 19:40

Merci Monique pour ce texte dur et poignant qui montre la réalité des chats "libres".
Nous connaissons tous des Melody, pas des anonymes, non, juste des délaissés de la vie pour lesquels avec de petits moyens nous tentons d'apporter un peu de reconnaissance.
Et en plus quand on est un tigré, comme des millions d'autres, un anonyme que personne ne remarque, on multiplie les handicaps.
Le destin m'a amené 2 tigrées à la maison vous le savez, une vieille mamie et une sauvageonne défigurée. Que dire, elles sont uniques et passionnantes, comme tous

J'apprécie beaucoup cet article, malgré la tristesse.

Monique 11/12/2016 02:02

Merci Jean-Marc pour ce commentaire. Nous sommes faits du même bois et comprenons les mêmes choses. Les hasards de la vie vous ont amené 2 tigrées. Il y a trois ans j'en ai ramené une de notre clinique vétérinaire où elle avait été abandonnée car trop vieille ! Elle a 19 ans a précisé la bonne femme ! J'ignore son âge réel, elle est vraiment très vieille, maintenant sourde et très malvoyante, incontinente par dessus le marché mais, elle mange bien et apprécie les caresses. Alors on continue ...

laurence David 10/12/2016 17:19

Pauvre petite.... trop de personnes pensent qu'avoir une fourrure permet de passer toute sa vie dehors..; monde injuste et inhumain..

Monique 11/12/2016 02:05

Oui Laurence, ce monde est cruel pour les animaux. Je suis heureuse de vous avoir rencontrée chez un vétérinaire, vous qui faites tellement pour les chats. Il n'y a pas de hasard ...