La protection animale... Une idée révolutionnaire !

Publié le 9 Février 2013

La protection animale... Une idée révolutionnaire !

De nos jours une loi en cours d'élaboration, qui tend à modifier profondement les bases de notre Société, passionne et enflamme les Français. Une autre loi discutée et adoptée au dix-neuvième siècle apporta aussi un grand bouleversement dont on ne peut aujourd'hui que se féliciter. Ceci n'implique pas que la loi actuellement discutée devienne un sujet de satisfaction, mais ceci est une autre histoire et ce n'est pas mon sujet ...

C'est lors d'un séjour à Saint-Etienne que le Général Jacques Delmas de Grammont, député à la Législative de 1849, étant témoin des brutalités que subissaient les animaux de trait, eut l'idée d'une loi qui protégerait les animaux. Cochers et charretiers étaient de véritables bourreaux pour les chevaux dociles et résignés qui, souvent, tombaient d'épuisement sous des charges trop lourdes. Bien des chevaux mouraient dans leurs brancards, sous les coups des brutes. Parfois le manche de fouet n'était pas suffisant, le couteau sortait alors. Les boeufs, ânes et mulets subissaient les mêmes pénibles sévices.

Notre généreux député de la Loire fit sensation à la Chambre. D'honorables élus protestèrent énergiquement : <<Une loi protégeant les animaux ! On aura tout vu ! Encore une idée bizarre de cet hurluberlu qui ne monte à la Tribune que pour défendre les causes révolutionnaires !>>

Victor Hugo qui deviendra plus tard le premier Président de la Ligue anti-vivisection fut de ceux qui défendirent énergiquement ce projet de loi.

Les arguments de deux des députés qui étaient "contre", sont surprenants.(1)

Le député de Vaugelas : <<La loi qui vous est proposée porterait une atteinte sérieuse à la propriété, à la liberté ...(...)Si l'auteur des violences est propriétaire de l'animal, j'estime que presque toujours la dépréciation que subira celui-ci à la suite de mauvais traitements habituels est une punition à la fois juste et suffisante ! Ne faisons donc pas de loi solennelle en faveur des animaux...>>

Le député De Fontaine : <<Il peut paraître utile de réprimer la cruauté lorsque l'abus est public et parce qu'il y a alors un certain scandale mais je ne veux pas entrer dans le domicile de chacun et voir ce qu'il y fait... L'intérêt des animaux ne me paraît pas assez grand pour cela ...>>

Fort heureusement, la conviction et la sincérité de notre général, alors âgé de 54 ans, emportèrent la décision. Voici la fin de son discours :

<<Je comprendrais difficilement pourquoi la France regarderait comme vexatoire une loi dont on est fier dans le reste de l'Europe. Les progrès de celle dont nous discutons sont suivis avec anxiété en France et à l'étranger ; sa défense m'est recommandée avec une sollicitude touchante par les Sociétés Protectrices de Londres et de Munich. Autour de nous, les rois ne dédaignent pas de protéger les animaux. La France ne leur refusera pas davantage la pitié qui leur est due. Nous donnerons cette loi à la société, et ce n'est pas ce que la République aura fait de plus mal.

Lord Erskine et Richard Martin ont proposé la loi anglaise en 1809 ; elle n'a été votée qu'en 1822. Pendant treize ans, ils ont courageusement essuyé les feux croisés du sarcasme, de la caricature et de l'hilarité parlementaire. Je ne serai ni moins dévoué, ni moins persévérant, et je prends l'engagement de vous présenter la même loi pendant toute la durée de mon mandat, de six mois en six mois, si je ne suis pas assez heureux pour vous la faire accepter aujourd'hui. L'homme politique tombe, c'est la loi commune. Mais le bien qu'il a fait subsiste toujours comme la meilleure partie de lui-même>>.

C'était le 2 juillet 1850. La loi votée punit d'une amende de 5 à 15 francs et d'un emprisonnement de un à cinq jours <<ceux qui auront exercé, publiquement et abusivement, de mauvais traitements envers les animaux domestiques. La peine d'emprisonnement sera toujours appliquée en cas de récidive. L'article 483 du Code pénal sera toujours applicable>>.

Dès lors, le mouvement protectionniste prend de l'ampleur. Très vite les diverses sociétés de protection animale obtiennent des résultats tangibles notamment des décrets protégeant particulièrement les animaux de rente. Dans les années qui suivirent le vote de la loi, la conduite des chevaux et des voitures attelées dans les villes firent l'objet de réglementation. Elle déterminait la longueur des fouets, longeur différente pour les charretiers, les cochers des voitures bourgeoises et pour les voitures omnibus de messageries.

On se préoccupa (déjà) des conditions de transport des animaux par chemin de fer. Enfin on découvrit l'ancêtre du pistolet d'abattage, car on en avait assez de l'égorgement, de l'assommement à l'aide de la masse ou du merlin et autres méthodes cruelles.

Il faudra néanmoins attendre cent ans pour que la loi de juillet 1850 soit complétée par la loi n° 51-461 du 24 avril 1951. Cette loi sera abrogée par le décret n° 59-1051 du 7 septembre 1959 qui sanctionne la cruauté envers les animaux domestiques, y compris dans le cadre privé.

Quand est-il aujourd'hui ? On observe un certain retour à la barbarie puisque l'égorgement, sans étourdissement préalable, des animaux de boucherie est de plus en plus souvent pratiqué - par dérogation - lesquelles dérogations deviennent peu à peu la règle générale !

Et les actes de cruauté sont-ils suffisamment réprimés ? Il y a quelques jours la presse relatait qu'un homme de 22 ans a été filmé par une caméra de surveillance, pendant quinze minutes au cours desquelles il a asséné une trentaine de violents coups de pied a son chiot, il l'a ensuite ramassé, baignant dans une marre de sang pour le jeter dans un sac en plastique, probablement mort. La peine prononcée : huit mois de prison dont cinq avec sursis. Est-ce assez cher payé ?

(1)Source : Article signé A.Burtin publié dans "La protection des animaux" livre édité en 1983 par la Confédération Nationale des SPA de France.

Général Jacques DELMAS de GRAMMONT

Général Jacques DELMAS de GRAMMONT

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